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Jacques Maboula Mboya

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Paul Biya, le président de la République, a signé le jeudi 12 avril dernier un décret nommant les 30 sénateurs devant accompagner les 70 élus à l’issue du scrutin du 25 mars dernier. Cet acte présidentiel met un terme au processus de renouvellement de la chambre haute du parlement dont les 100 sénateurs sont désormais connus. Dans le Nkam, ces élections sénatoriales ont eu un retentissement particulier, à cause notamment au vote des conseillers municipaux de l’opposition, à Yabassi, qui ont plébiscité la liste du Rdpc contre toute attente. Evidemment, il s’est ensuivi des critiques et accusations de toutes sortes venant surtout des partis de l’opposition qui estiment que le maire de Yabassi a fait un vote opportuniste, trahissant ainsi ses convictions d’opposant au régime de Paul Biya. Davantage même, une bataille médiatique qui a cours tend à mettre au crédit ou non de certaines personnalités du Rdpc le choix opéré par les conseillers municipaux de Yabassi.   Faisant suite à toutes ces manœuvres, Jacques Maboula Mboya, le maire de la commune de Yabassi, tient à remettre les pendules à l’heure. L’édile de Yabassi saisi l’opportunité de la fin du processus de renouvellement de la chambre haute du parlement pour dire ses quatre vérités aux personnalités du Rdpc qui s’agitent pour récupérer à leur compte le vote des conseillers municipaux de Yabassi. Les partis politiques de l’opposition qui espéraient une solidarité de groupe en prennent également pour leur grade. Pour le reste, Jacques Maboula Mboya s’explique sur les motivations profondes du conseil municipal de Yabassi par rapport au choix opéré durant ce vote, il évoque également son avenir politique qui est fondamentalement lié à la poursuite de la lutte pour une alternance a la tête de l'Etat.  
                                                                                                 Entretien mené par Benoit Mekon    
 
Monsieur le maire, de nombreuses critiques vous sont adressées par les partis de l’opposition à la suite du choix porté par les conseillers municipaux de Yabassi sur la liste du Rdpc aux élections sénatoriales dans la région du Littoral. On vous accuse notamment d’avoir fait un vote opportuniste, trahissant ainsi vos convictions d’opposant au régime de Paul Biya. Que répondez-vous à vos détracteurs?                                                                                  
Très cher ami et frère, être opposant ne signifie pas perdre le sens de l'analyse objective des décisions et choix politiques de la localité dont vous êtes l'élu, et le fils du département du Nkam dont je suis désormais l'avocat défenseur sur la scène nationale et internationale se devait de prendre une décision politique au vu des listes présentées dans le Nkam lors des récentes élections sénatoriales, exercice pas du tout facile pour l'opposant que je suis. Mais quand vous avez une opposition qui est incapable de s'asseoir pour faire une liste régionale, qui prenne en compte la configuration sociologique du Littoral tel que prescrit par le code électoral, je vous avoue que le choix est presqu’évidant surtout quand en face vous avez affaire à des hommes qui eux sont conséquents.   
Qu'est-ce qu'un sénateur ? d'après notre constitution c'est le représentant des collectivités territoriales décentralisées au sénat. Qui doit donc représenter le Nkam au sénat ? Un résident social, fiscal, économique, culturel ou politique dans le Nkam ; bref être un élément de l'ensemble Nkam. Vous comprenez bien que cette logique sur les ensembles et les appartenances a échappé aux grands politologues de l'opposition qui ont tous, sans exception, présenté des listes sans des candidats appartenant à l'ensemble Nkam et ils veulent être élus pour représenter un ensemble qu’ils ont délibérément exclu de leur liste, à quoi s'attendaient-ils ? Une élection locale est un moment fort dans toutes les communautés, elle peut apaiser et réconcilier les familles tout comme elle peut agrandir les clivages en intensifiant les rancœurs, ce qui n'est pas souhaitable pour un terroir que ce soit le Nkam ou ailleurs. Après les élections municipales de 2013, le Nkam a payé le prix fort de cette réalité démocratique qui s’est manifestée à Yabassi. Actuellement, il nous semble impératif et déterminant de rétablir un Cameroun impartial et juste, un pays d'abondance et de prospérité durable, agréable et confortable pour tous sans distinction de tribus, langues, religions, classes sociales, appartenances politiques ou philosophiques, par l'égalité et l'équité des terroirs et des citoyens. Telle est ma seule et unique conviction politique qui transcende les clivages, préjugés et familles politiques.                                               
Mon élection a été un choix de sacrifices et en même temps ce fut un message fort envoyé à la nation Cameroun. Comme il fallait s’y attendre, il s’ensuivit de graves conséquences, notamment sur les positions de certains Nkamois dans l’appareil gouvernant de ce pays. Le Nkam en cette sénatoriale avait également une mission d'apaisement et de réconciliation pour plus de cohésion et de fraternité dans la dynamique de son développement dont certaines réalisations sont désormais perceptibles. En fait, la mairie de Yabassi a dit non au complot fratricide et à la cavale politicienne dans nos terroirs. L'élection m'ayant porté à la magistrature municipale de Yabassi a fait perdre deux portefeuilles ministériels importants avec des ruptures intracommunautaires préjudiciables à la cohésion productive et constructive de notre département. Nous l'avons fait parce qu'il le fallait, et si cela était à refaire nous le referions une fois de plus pour rétablir l'ordre démocratique local et redonner au peuple son pouvoir d'auto détermination et la maîtrise de son destin. Les sénatoriales récentes nous offraient l'occasion unique de nous retrouver et nous concerter pour parler des enjeux politiques locaux malgré nos différentes appartenances politiques. La question de base qui se posait était la suivante : prendrions-nous le risque de voir le Nkam être le seul département représenté au sein du sénat par un non résident sur notre terroir et qui n'a aucune maîtrise de notre environnement, de nos contraintes quotidiennes et lointaines, de nos traditions et cultures ? Allions nous porter historiquement la responsabilité d'avoir laissé tomber le Nkam entre les mains de prédateurs politiques au moment où il avait le plus grand besoin d'objectivité décisionnelle que de passions et émotions au nom d'une opposition politique interne entre nous ? Cette prédation politique opportuniste de veille électorale au détriment des intérêts des nkamois ne passera pas par nous. Ce jour du 25 avril, il a pesé sur nos épaules une lourde responsabilité dans notre histoire commune. Nous avons le sentiment d’avoir fait ce qu’il fallait. 

Concrètement, qu’est-ce qui explique ce choix des conseillers municipaux de Yabassi, quant on sait par ailleurs que vous et la quasi-totalité de votre conseil êtes engagés dans un combat politique et idéologique pour remplacer Paul Biya par Akéré Muna à la tête de l’Etat en 2018 ?

Il est indéniable, au vu des indicateurs économiques et sociaux de notre pays, le changement à la tête de l’Etat est désormais une nécessité vitale et absolue pour apaiser, réconcilier et consolider l’unité de la Nation. Les sénatoriales étaient gagnées d'avance par le Rdpc, seul un naïf et opportuniste politique pouvait y candidater en espérant les frais de subsistance distribués aux partis politiques engagés à ces élections. Le conseil municipal de Yabassi et moi-même avons surtout été très sensibles à la main tendue du grand frère Titti Pierre qui au-delà des colorations partisanes est un fils du terroir au service des nkamois en tout temps et il est toujours disponible. Comment rester sourd à un appel aussi fraternel ? Est-ce qu'il y avait vraiment match ? Cette main tendue de Titti Pierre c’est le symbole de la fraternité et de la cohésion entre les enfants d'un seul et même terroir. Le Cameroun nouveau dont je rêve et souhaite sera fait de tous ses enfants, qu'ils aient milité ou non au sein du Rdpc ou dans l'opposition. Nous devons sans hésiter mettre un terme à cette gouvernance par exclusion et redistribution des prébendes à l'origine de notre malaise national, pratique autant condamnable et préjudiciable que celle que prônent certains partis de l’opposition aujourd'hui à savoir l'exclusion automatique des militants du Rdpc simplement par instinct de survie. Il n'y aura pas de Cameroun abondant, paisible et durable, dans l'exclusion des autres, ce serait reproduire les mêmes erreurs à l'origine des conséquences que nous connaissons aujourd'hui. Ma modeste contribution à l'édification d'un Cameroun nouveau, pour avoir travaillé avec toutes les forces politiques de la nation qu'elles soient de l'opposition ou du parti au pouvoir, commence par l'apaisement et la réconciliation entre les différentes composantes de la nation pour un développement intégral inclusif de tous nos terroirs pour le plein épanouissement des résidants au Cameroun sans distinction, qui transcende nos clivages et appartenances politiques, tribales, religieuses, linguistiques, et classes sociales. Le Cameroun nouveau ne divise pas les amitiés, les familles, les communautés et coutumes par obsession d'une alternance politique. Le Cameroun nouveau ne renie pas le talent, la compétence, le génie, l'expérience, le savoir faire, l'excellence au nom des clivages et appartenances. Le Cameroun nouveau ne compromet pas le vivre ensemble, le Cameroun nouveau réconcilie nos traditions et nos terroirs avec le respect de nos valeurs en plus, sinon en quoi serait-il nouveau s'il devait continuer de nous dresser les uns contre les autres sur la base des préjugés. Le Cameroun nouveau c'est le Cameroun de la liberté de choisir, du respect de l'autre, le Cameroun de l'union qui fait la force forgée par des années de dur labeur, dont le travail justement rémunéré par un code du travail protégeant les plus faibles sans compromettre le profit lié au capital investi, générant la paix familiale et sociale, en consolidant le patriotisme et l'attachement à cette une et indivisible entité appelé Cameroun berceau de nos ancêtres. 

Des informations ont circulé au cours de ce processus électoral, faisant état de ce que certaines personnalités du Rdpc dans le Nkam vous auraient fait des propositions pour le moins indécentes. Qui sont ces hommes et que voulaient-ils précisément ?

Ecoutez, la course entre carriéristes est faite de tacles irréguliers et c'est très courant dans notre Nkam malheureusement. Il était en effet planifié qu’à défaut de perdre, le Rdpc devait faire un mauvais score aux sénatoriales dans le Nkam. Faire tanguer le Rdpc aux sénatoriales dans le Nkam était un projet bouclé au sein même du parti au pouvoir par des hommes sans scrupules, déterminés à discréditer politiquement sur le terrain le président de la délégation permanente départementale du comité central du Rdpc pour le Nkam. Cette intelligence devait se faire en s'appuyant sur les conseillers de Yabassi et certains conseillers Rdpc des autres arrondissements du Nkam, heureusement dans le Nkam il y a toujours des fuites. Dans le dos de leur coordonnateur politique départemental, dans le dos du maire de Yabassi, certaines élites Rdpc du Nkam ont initié des consultations occultes visant à faire barrage à leur camarade en première ligne. Elles ont carrément demandé aux conseillers de Yabassi de ne pas voter le Rdpc. De telles attitudes sont minables et déplorables. Nous avons aussi dit non à la déstabilisation du Nkam.  

Comment réagissez-vous aux propos de Messanga Nyamding qui a laissé entendre sur certains plateaux de télévision qu’il était le principal artisan de la victoire du Rdpc à Yabassi ?

Contrairement à ce que ce frère et ami a laissé entendre sur certains plateaux télé, il n'a jamais été impliqué, de près ou de loin, dans les discussions qui ont abouti au choix que nous avons finalement fait d’élire la liste du Rdpc aux sénatoriales. Il n’était même pas au courant des échanges avec le ministre Titti Pierre qui a tenu à ce que sa démarche reste confidentielle, discrète et exclusive. Il se trouve simplement que la veille des élections sénatoriales, pendant que j’offrais un dîner de travail aux conseillers municipaux à une heure tardive à la mairie, Nyamding Messanga s'est joint à nous pour partager et échanger sur ce qui était déjà devenu un secret de polichinelle. Le ministre Titti Pierre ayant confirmé à son staff que les conseillers de Yabassi avaient dit oui. D’ailleurs, le prélude à ce qui allait suivre était la présence de ces conseillers à la fête anniversaire du Rdpc le matin de la visite de Nyamding Messanga à la mairie. En réalité, le professeur Messanga Nyamding enfonçait, lors de sa visite, une porte ouverte depuis belle lurette. Encore une fois, les conseillers de Yabassi ont également fait ce geste en hommage et gratitude à Titti pierre pour les services rendus depuis des décennies aux Nkamois du terroir et d'ailleurs.  

Quels sont désormais vos rapports avec le Rdpc, avez-vous définitivement tourné cette page de votre histoire politique ?

Plus que jamais, un renouveau politique s'impose au Cameroun ; Le Président Paul Biya et ses hommes ont tout donné dans l'intérêt du Cameroun, ils ont été, comme tous les camerounais le sont également, déçus par les résultats socioéconomiques que nous héritons de 35 années de mal gouvernance. Il urge que de nouveaux hommes et une nouvelle gouvernance arrivent dans notre pays, ce qui permettra au Cameroun de se remette sur de bons rails. 

Que devient la plateforme pour une Nouvelle République, l’on parle plus de Now ! l’autre mouvement qui soutient la candidature d’Akéré Muna…

NOW ! est une brigade électorale qui se déploie progressivement sur l'étendue du territoire national, c'est pour cela qu'elle est plus visible, notamment à travers ces jeunes dynamiques toujours disponibles 24h/24, alors que La Plateforme pour Une Nouvelle République a pour mission d'organiser les candidatures sur les territoires municipaux et législatifs sans interférences entre les différents membres de la plateforme et quelques fois en constituant des synergies quand cela est nécessaire. Telle est la différence fondamentale entre les deux structures, il est toujours important de rappeler que NOW ! est membre signataire de la Plateforme pour Une Nouvelle République avec une mission spécifique de veille et d’alerte citoyenne ante et post-électorale.   

Allez-vous de nouveau candidater pour le poste de maire de la commune de Yabassi ?

Il y a effectivement de grandes chances que je puisse à nouveau présenter ma candidature au   poste de maire de la commune de Yabassi. Et pourquoi ne le ferais-je pas ? Avec mon équipe, nous avons fait du bon travail malgré les moyens extrêmement limités. Honnêtement, qui peut dire aujourd’hui à Yabassi que le maire Maboula n’a pas bossé ? Notre bilan parle pour nous, et je serais évidemment heureux de défendre un aussi bon travail. Mais comme vous le savez, cela ne dépend pas que de moi. J’ai des responsabilités au niveau national en tant que Président de La Plateforme pour Une Nouvelle République. Cette organisation qui fédère les partis politiques et associations qui soutiennent la candidature du bâtonnier Akéré Muna pour les présidentielles de 2018 m’impose une certaine disponibilité et de nombreux autres sacrifices. Sans compter que le bâtonnier aura également son mot à dire quant à l’orientation que je devrais suivre par rapport à la suite de mon parcours politique. In fine, toutes les options sont sur la table. Et dans tous les cas, si ce n’est moi, ce sera certainement quelqu’un d’autre qui sera également investi par la Plateforme pour Une Nouvelle République.